La réponse fut massive.
On estime qu’environ 25 000 femmes — sur une population d’environ 220 000 habitants — manifestèrent à Reykjavik seulement. Cela représentait environ un Islandais sur dix. Elles remplirent les rues, portant des pancartes où l’on pouvait lire : « Nous voulons un salaire égal » et « Les femmes représentent 80 % de la main-d’œuvre mais seulement 20 % des salaires. » Elles chantèrent, scandèrent des slogans et firent sentir leur absence partout ailleurs.
Cette grève n’était pas symbolique. Elle était concrète.
Des hommes amenèrent leurs enfants au travail, où ils s’assirent sur les bureaux ou jouèrent dans les couloirs. Certains lieux de travail fermèrent complètement. Les hôpitaux fonctionnèrent avec un personnel d’urgence. Le pays tourna au ralenti, porté par une poignée d’hommes et les quelques femmes contraintes de travailler. Le message fut reçu exactement comme prévu : la société ne peut pas fonctionner sans le travail des femmes. Quand les femmes s’arrêtent, tout s’arrête.
L’action eut des effets immédiats et durables.
En moins de cinq ans, l’Islande adopta l’une des lois les plus fortes au monde sur l’égalité salariale. L’écart de rémunération entre les sexes commença à se réduire plus rapidement que dans la plupart des autres pays. La participation politique des femmes augmenta fortement. En 1980, Vigdís Finnbogadóttir devint la première femme élue démocratiquement présidente au monde — cinq ans seulement après la grève qui avait démontré la puissance de l’action collective des femmes. Aujourd’hui encore, l’Islande figure régulièrement parmi les pays les plus égalitaires au monde.
La grève fut répétée en 1985 puis en 2005, rappelant chaque fois la même leçon : lorsque les femmes retirent leur travail — rémunéré ou non — le monde le remarque.
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